"nouvellesociologie" est un blog pour étudiants et chercheurs en sciences sociales et humaines.il traite non seulement des informations socio-politiques,des sujets de recherches en sociologie,anthropologie,philosophie mais aussi,analyse des points vues et courants de pensées des auteurs de ces différentes disciplines scientifiques.en bref il s'agit d'une patte forme d'expression pour ceux qui se retrouvent.
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Comprendre que les sociétés africaines sont " comme les autres ", voilà ce qu'un siècle d'africanisme n'a guère facilité. L'opinion occidentale reste gorgée de stéréotypes sur le pouvoir et l'Etat en Afrique, en particulier quant au rôle privilégié que la corruption et le tribalisme sont censés jouer au sud du Sahara. Certes, les Africains parlent eux-mêmes à ce propos de " politique du ventre ". Mais l'expression renvoie, aussi bien qu'aux nécessités de la survie et de l'accumulation, à des représentations culturelles complexes, notamment celles du monde de l'" invisible ", de la sorcellerie. En d'autres termes, la " politique du ventre " témoigne d'une trajectoire africaine du pouvoir qu'il faut comprendre à la lumière de la longue durée. L'analyse des groupes sociaux qui se disputent l'Etat postcolonial et des différents scénarios qui ont prévalu depuis la proclamation des indépendances permet d'avancer des hypothèses neuves sur la formation d'une classe dominante, sur la dépendance des sociétés africaines vis-à-vis de leur environnement international, sur la place déterminante en leur sein des stratégies individuelles et des modes populaires d'action politique, sur l'importance des réseaux d'influence et des terroirs historiques dans le déroulement des conflits, sur la récurrence des conduites - souvent religieuses - de dissidence sociale, sur l'émergence de cultures politiques originales. En définitive, cet essai de sociologie historique de l'Etat propose une lecture à la fois provocante et nuancée de ce qu'il est convenu de nommer " le développement ". Il ouvre aussi la voie à une réflexion plus générale sur l'invention du politique dans les sociétés d'Afrique et d'Asie.
La politique en Afrique : un objet particulier
1-Les postulats culturalistes
Celle-ci compare les Etats et explique les différences par leurs cultures sociales, politique, historique. La culture est ici considérée comme une donné pérenne qui s'impose de façon durable aux individus. De fait, un Etat ne peut pas être transposé comme ça dans n'importe quelle société Badie considère l’Etat en Afrique comme une pathologie, une greffe de l’Etat moderne qui na pas marché : corruption, violence et présidentialisation des régimes en sont le résultat. L’approche culturaliste considère les Etats africains et leurs "déboires"(guerre, corruption) comme une cacophonie. Or, ceci consiste à porter un jugement de valeur, considérer cela comme une déviance par rapport à un modèle d'Etat, cet Etat bureaucratique européen importé. Ce qu'il considère comme cacophonie est peut-être le processus normal d'appropriation de l'Etat par ces sociétés, qui ont leurs traits propres et qui sans arrêt réinterprètent l'Etat importé, se le réapproprient à leur manière (cette manière est précisément la corruption). Selon bayart Cette approche est très normative. Elle considère les sociétés indigènes comme passives, incapables des adapter à ce qui est considéré comme restant purement exogène, c’est à dire, l’Etat, incapable de gérer le contact culturel.
1- Les théories développementaliste et de la dépendance
Cette analyse considère le passé colonial comme la manifestation première de l’impérialisme et d’un redéploiement du capitalisme européen au-delà de sa sphère géographique originelle. L’assujettissement des
sociétés africaines obéit ainsi prioritairement à une logique économique imposée par l’extérieur et qui participe de la domination du Nord sur le Sud. Tous les phénomènes politiques africains st interprétés à la lumière de cette domination économique. Ces auteurs décrivent le modèle colonial comme un modèle autoritaire obéissant aux besoins économiques de la métropole et qui a pour but unique la soumission des populations colonisées (on a vu que ce n’était pas si simple).L’indépendance, loin de mettre fin à l’impérialisme du nord, a créé un néo-colonialisme économique auquel st complices les élites des pays africains. Inséré dans une nouvelle division du travail, le continent africain est maintenu dans son rôle de producteurs de matières premières achetées à bas prix alors que les métropoles exportent leurs produits finis à prix élevés dans les pays africains. Ceci constitue un obstacle au développement de ces pays. Soumises à l’ordre capitaliste international, les sociétés africaines s’apparentent à un nouveau prolétariat face aux bourgeoisies du nord. Seule une révolution par l’unité des peuples africains permettra de mettre un terme à cette exploitation et domination occidentale. En ce qui concerne la théorie développementaliste, elle cherche à déterminer des lois qui s’appliqueraient à tous les Etats du monde et expliqueraient leurs transformations passées et futures. Elle est similaire à l’approche évolutionniste de la XIXe distinction d’étapes dans le processus de construction d’un Etat moderne qui va dans le sens
d’une complexification croissante. La modernité est incarnée par le couple démocratie-marché dans ce cadre, les systèmes africains st considérés comme au bas de l’échelle du progrès étatique. Les institutions politiques reflètent à leur façon le degré de développement économique et social. L’autoritarisme est considéré comme une étape obligatoire dans cette évolution vers l’Etat moderne :la dictature est un instrument de modernisation de l’Etat. Bayart conteste l’image dune société africaine impuissante et passive face à la domination étatique. Il faut selon lui, déplacer la perspective classique d’analyse qui se concentre uniquement sur l’Etat et sur ses capacités à régir sur la société. On doit accorder une attention particulière aux mécanismes par lesquels les dominés manifestent leurs capacités d’innovation, de résistance et de contestation de l’ordre établi. Face à une lecture figée d’un ordre politique autoritaire venu den haut, la politique par le bas cherche à restituer les dynamiques propres des sociétés africaines, non plus passives mais actives, non seulement objets mais sujets de leur propre histoire. Cette approche se concentre autour des modes populaires d’action
Politique. L'investissement de l'Etat postcolonial par les acteurs autochtones
L'African way of politics
L'investissement de l'Etat postcolonial par les acteurs autochtones
Les élites africaines se st efforcées de saisir la chance que leur apportait le colonisateur, le missionnaire, le commerçant, pour s’enrichir et creuser les inégalités sociales. Lune des ruptures décisives de l’indépendance a résidé dans l’accès direct aux ressources de l’Etat quelle a accordé aux élites autochtones, jadis bridées par la tutelle du colonisateur. La fin de la colonisation sanctionnait la levée de nombre des contraintes politiques, administratives et économiques qui contrariaient les projets et l’appétit des accumulateurs africains. Elle leur ouvrait la maîtrise du cadastre, du crédit, fisc des offices de commercialisation, des cultures de rente, de l’investissement public, de la négociation avec le capital privé, des importations
En premier lieu, les positions de pouvoir vont devenir des voies prioritaires, voire monopolistiques qui mènent aux ressources de l’extraversion (aide extérieure) et de l’ascension sociale (ressources politiques, militaires, économiques et éducationnelles, bourses...). Elles deviennent ensuite des positions de prédation : la collecte de l’impôt, la fourniture de papiers administratifs st les occasions d’extorsion les plus répandues, d’autant que les fonctionnaires st très mal payés. L’agent de l’Etat se paie sur les administrés (faute d’être payés sur le budget de l’Etat). D’où les pots de vin (pour marchés publics), taxes à l’importation (y compris l’aide alimentaire). Ceci est facilité par le fait que dans la plupart de ces pays, l’exercice de responsabilités administratives n’exclut nullement ‘acquisition et la gestion d’un patrimoine personnel. Le Chef d’Etat a veillé à la fusion des sphères du public et du privé. L’exercice de l’autorité suprême va donc de pair avec une accumulation en proportion : système de prébendes. Selon Bayart, il ne faut pas voir dans ces agissements, de la corruption : ils sont la trame et la lutte pour le pouvoir qui est d’abord une lutte pour les richesses. Ainsi s’explique en partie le prix apparemment exagéré que l’on accorde en Afrique à la création de nouvelles structures administratives (préfectures, Etats fédérés au Nigeria..). Ces institutions locales st en tant que telles pourvoyeuses de richesses et la compétition qui se déploie en vue de leur maîtrise n’est que l’un des aspects de ce qu’on appelle en Occident la lutte des classes. Ceci explique que les expressions culinaires st souvent employées en Afrique pour décrier la politique : faire de la politique, c’est "bouffer" d’où l’expression : la politique du ventre. En fait, la politique du ventre fut un moyen d'assurer l'assimilation réciproque des élites, d’assurer le compromis postcolonial : la fusion des élites (traditionnelles ou éduquées à l’Européenne) au sein de l’appareil d’Etat, parfois par l’intermédiaire du parti unique, dans tous les cas par la cooptation. De fait, par le système des prébendes, la distribution de ressources financières par l’intermédiaire des réseaux de clientèle, les élites au pouvoir cooptent celles qui n'y st pas, c’est à dire l'opposition potentielle. Ceci permit une révolution sans révolution : le changement par rapport à l'époque coloniale fut mené le plus souvent par une alliance d'élites modernes et anciennes qui prennent soin de contrôler les mobilisations sociales et de limiter autant que faire se peut la participation des masses à ce changement afin de préserver leurs acquis.
ANALYSE CRIYIQUE
Ce dernier va peut-être trop loin dans le relativisme : à force de dire que la corruption est normale, que cela fait partie de la construction normale de l’Etat en Afrique, on peut être amené à tout accepter sans critique. Or, il existe dans les systèmes politiques africains des éléments pathologiques, qu’on le veuille ou non, et qui se voient clairement dans le déchaînement non régulé de la violence. D’autre part, la corruption en tant que telle est fustigée par les élites africaines elles-mêmes. Donc qu’elle n’est pas autant que cela considérée comme une vertu civique.
Le concept d’Etat tel qu’utilisé par l’auteur renvoie à une perception extensive de l’Etat. En prônant une analyse de l’Etat fondée sur un dépassement de ses formes institutionnelles au profit d’une approche sociologique de l’Etat, Bayart procède à une dilatation du concept au point ou l’Etat devient imprécis quant à ses frontières et son domaine. On ne sait plus où commence la société, où finit l’état. L’importance attribuée à la symbiose la société et les détenteurs du pouvoir, à travers les réseaux de clientèle, relativise les rapports de domination au point de les estomper. Elle néglige le fait que les dirigeants africains ont en généralement négligé les transformations sociales au profit d’un surinvestissement dans le champ du politique (il est toujours plus facile pour les dirigeants et moins coûteux de donner satisfaction sur le plan politique où ils peuvent jouer sur la symbolique et les identités ethniques que sur le plan économique et social).
Enfin, il néglige le fait que le système de prébende tend à renforcer les inégalités sociales (au sein même du même réseau comme en dehors) : ce système est lourd de conflits sociaux potentiels qui ne sont pas régulés au niveau politique. Ceci explique le niveau de violence dans ces sociétés. Elles ne sont pas arrivées à mettre en place un système qui permette de réguler sans violence les rapports sociaux et politiques ; c'est-à-dire d’atténuer les luttes sociales par un système de redistribution sociale qui tend vers l’égalité ; d’atténuer les luttes politiques par un système qui consacre symboliquement l’égalité (Etat de droit).
Il décrit ce système de cooptation, de prédation comme participant de la gouvernementalité selon Foucault. Or, on peut se demander si le concept de gouvernementalité est bien adapté ici. En effet, gouverner c’est exercer par rapport aux habitants, aux richesses et aux comportements de tous
et de chacun, une forme de surveillance, de contrôle tout aussi attentive que celle du père de famille sur la maison et sur ses biens". Le but de l’Etat est de "disposer des hommes et des choses", gérer leurs relations de façon à les conduire à des objectifs acceptables pour chacun; il doit de fait servir des buts multiples' articulant autour de la protection et du bien-être social et moral des populations, autour de politiques diverses d'hygiène, d'éducation et d'amélioration du niveau de vie. Par ses politiques arrive à contrôler efficacement les populations, à leur faire intérioriser certaines normes et
Contraintes. Or, précisément ici le système de cooptation, de prébende ne permet pas de protéger l’ensemble de la population, d’œuvrer pour son bien être et de la contrôler efficacement. Il permet à la faction au pouvoir de contrôler ses dépendants et dans
Une certaine mesure (par le système de cooptation) ses opposants. Mais ce contrôle est fragile car il n’est pas basé sur l’intériorisation, par la majorité de la population, de certaines normes (à travers l’école). Il est d’autre part basé sur la distribution inégalitaire de certaines ressources économiques (provenant en partie de l’extérieur par l’intermédiaire des politiques de
développement) . Ce contrôle est donc dépendant de ces ressources pour se perpétuer, et perpétuer sa légitimité. Par exemple, l’école dans ce système n’est pas un moyen pour inculquer certaines normes, mais un moyen pour l’élite d’acquérir ou de garder de nouvelles positions de pouvoir. Cette absence de contrôle est très claire dans la difficulté de ces Etats à enrayer l’épidémie du SIDA
En definitive dans L'Etat en Afrique, J.F Bayart essaie de saisir les lignes continues ou discontinues de l'invention du politique. Il décrit la stratégie des acteurs en trois temps : la formation d'une classe dominante, les scénarios de la recherche hégémonique et les incertitudes dans les stratégies des acteurs. Afin de détruire un préjugé répandu, le livre s'ouvre sur une critique de la notion d'ethnicité « ou son succédané journalistique, celle de tribalisme » (p 65). Selon J.F Bayart, cette notion se dérobe à l'examen des faits sous la forme « d'une entité donnée, traversant les siècles et correspondant à un espace géographique limité. Tout compte fait, « Le mal être de l'Afrique serait tributaire de la carence de rationalité dont souffre les cultures noires ». Selon D.E Manguelle, la culture pré newtonienne en vigueur serait responsable du sous-développement car elle aurait « des lacunes principales qui expliquent nos contre-performances dans un monde construit sur la base des valeurs des autres » (L'Afrique a-t- elle besoin d'ajustement culturel ? 1991). L'afro-pessimisme est une sorte de continuum de l'idéologie coloniale, l'Africain est sommé de reconnaître ses ultimes responsabilités dans son mal-être.